النص التاريخي-باك آداب وفلسفة2020

LA GUÉRILLA

« Nous avions affaire à un ennemi super-équipé, surarmé. Les batailles, ce n’était pas nous qui les recherchions ; elles nous étaient imposées. En revanche, nous opposions les techniques les plus éprouvées de la guérilla, c’est-à-dire une combinaison d’action et de dispersion rapides. Face à l’armée française qu’il ne fallait surtout pas sous-estimer, nous n’avions pas d’autre alternative. Ce qui nous a causé le maximum de pertes, ce n’étaient pas les accrochages ou les opérations terrestres, c’étaient les bombardements et l’action de l’aviation, particulièrement à partir de mille neuf cents cinquante neuf, après l’arrivée de De Gaulle au pouvoir et de Challe, lequel était un général de l’armée de l’air et, en tant que tel, a copieusement utilisé les hélicoptères.

Je l’ai encore répété récemment, les Français nous ont fait beaucoup de mal avec les commandos de chasse et les hélicoptères. Les commandos de chasse avaient une mission de tête chercheuse qui, dès qu’elle nous avait repérés, communiquait nos positions aux hélicoptères qui entraient alors en action et déversaient contre nous des renforts considérables. Les commandos étaient composés de parachutistes, des troupes d’élite. Ils se sont d’ailleurs rapidement adaptés à notre stratégie et se sont mis à sortir de nuit pour nous harceler.

Souvent, nous avions beau scruter le terrain à la jumelle, nous ne distinguions rien de suspect. Terrés, ils pouvaient rester immobiles toute la journée, sans nourriture, tout comme nous le faisions nous-mêmes et, dès que nous sortions à découvert, nous foncions tout droit dans leur embuscade. Bien sûr, ils tiraient profit des renseignements obtenus auprès des ralliés* qui leur indiquaient les routes, les lieux de passage. Après mille neuf cents cinquante neuf, c’était la guerre totale, sans répit. L’ennemi avait changé de tactique, renforcé les postes militaires et plus rien ne bougeait.

A vrai dire, les opérations dont nous prenions l’initiative étaient presque toujours des opérations de guérilla, embuscades et autres. Il nous arrivait tout de même fréquemment de tomber dans des embuscades lors du repli, et là, l’issue de la bataille était loin d’être assurée. Nous gagnions parfois ; d’autres fois nous laissions un grand nombre des nôtres sur le terrain ».

Mahfoud Kaddache ET L’ALGÉRIE SE LIBÉRA 1954-1962. Edif 2000. Pp. 140-141
« Témoignage du colonel Youcef Khatib, in Bebferhat et Maougal Deux héros parlent, pp. 72-73»