L'historien Benjamin STORA retrace le processus d'expropriation des Algériens de leurs terres au profit des colons français.
Jusqu'en 1914, la colonisation française a lié son avenir économique presque uniquement à l'agriculture. Colonisation et colonisation agricole devinrent synonymes, au point que le mot « colon », en métropole, désignait surtout l'ensemble des habitants européens des colonies, alors que le mot signifiait, pour les Européens d'Algérie, les seuls agriculteurs.
Avant l'arrivée des Européens, l'Algérie ignorait la propriété privée. Elle ne connaissait qu'une hiérarchie compliquée de droits d'usage, lesquels se décomposaient en deux grandes catégories : les droits du bey en sa qualité de souverain et les droits des tribus.
Après la conquête, l'État français, héritier des droits de souveraineté, saisit les terres du bey, puis les partage et les distribue aux colons français. Les mesures de « cantonnement » prises entre 1847 et 1863 ont pour objectif de rendre des terres disponibles pour la colonisation. Les tribus deviennent « propriétaires des territoires dont elles ont la jouissance permanente et traditionnelle », précise le sénatus-consulte du 22 avril 1863. Cet acte-légal détruit d'un seul coup la pyramide des droits qui avaient assuré jusqu'alors la subsistance du modeste cultivateur en empêchant que la terre circule librement.
L'application de lois françaises sur la propriété privée de la terre s'accompagne d'un programme de démembrement des grandes tribus. En temps de famine, celles-ci ne peuvent plus procéder aux distributions gratuites des réserves de grains provenant des dons et impôts de leurs sujets tribaux. La loi de 1863 met également fin aux distributions de bienfaisance des « loges » religieuses locales (zaouïas). […] Ainsi disparaît tout un ensemble de défenses économiques vitales, laissant, en temps de disette, la population rurale totalement dépendante des prêteurs et des marchands de crédit.
L'arrivée des Français dans les campagnes bouleverse tout un univers. Les lois du 26 juillet 1873 (loi Warnier) et du 22 avril 1887 permettent aux Européens d'acquérir ou de porter leurs possessions à 400 000 hectares. Entre 1871 et 1919, quelque 870 000 hectares sont livrés aux colons. […] Depuis le début de la conquête jusqu'en 1919, les musulmans avaient perdu 7,5 millions d'hectares, que l'Etat et les particuliers (colons) ainsi que des grandes sociétés capitalistes s'étaient partagés.
Benjamin STORA, Algérie 1954 : une chute au ralenti, Le Monde et éditions de l'Aube, 2011, pp. 82-85.
1 Métropole : état ou territoire d'un état considéré par rapport à ses colonies.
2 Mesures de « cantonnement » : restrictions imposées pour contrôler les mouvements des populations locales et faciliter la colonisation du pays.
3 Disette : pénurie, rareté, famine.
Réponse officielle :
Le texte décrit le processus par lequel les colons français se sont appropriés les terres algériennes, notamment à travers des lois spécifiques et des mesures de cantonnement.
Réponse officielle :
Le texte décrit explicitement la saisie des terres et leur redistribution aux colons, ainsi que les conséquences économiques négatives pour la population algérienne.
Réponse officielle :
Ces lois sont mentionnées dans le texte comme ayant facilité l'expropriation des terres algériennes au profit des colons français.
Réponse officielle :
D'avant l'application des lois : distribution des réserves de grains / bienfaisance.
D'après l'application des lois : partage des terres / dénombrement des tribus / dépendre des préteurs / propriété privée.
Avant l'application des lois françaises, les tribus pratiquaient l'entraide et la redistribution. Après, le système de propriété privée a été imposé, entraînant la dépendance économique.
Réponse officielle :
a. Vrai - "Jusqu'en 1914, la colonisation française a lié son avenir économique presque uniquement à l'agriculture."
b. Faux - "Avant l'arrivée des Européens, l'Algérie ignorait la propriété privée. Elle ne connaissait qu'une hiérarchie compliquée de droits d'usage, lesquels se décomposaient en deux grandes catégories : les droits du bey en sa qualité de souverain et les droits des tribus."
c. Vrai - "Les lois du 26 juillet 1873 (loi Warnier) et du 22 avril 1887 permettent aux Européens d'acquérir ou de porter leurs possessions à 400 000 hectares."
d. Faux - "Depuis le début de la conquête-jusqu'en 1919, les musulmans avaient perdu 7,5 millions d'hectares."
Réponse officielle :
« elle » : l'Algérie
« les » : les terres du bey
« acte » : le sénatus-consulte du 22 avril 1863
« celles-ci » : les grandes tribus
Réponse officielle :
L'auteur adopte un ton objectif et informatif, présentant les faits historiques sans prendre explicitement position.
Critères d'évaluation :
Les Algériens n'ont pas accepté passivement l'expropriation de leurs terres. On peut citer l'exemple de l'insurrection du Cheikh Mohamed EL-MOKRANI en 1871, mentionnée dans le sujet de production écrite, qui fut une réaction importante contre la colonisation et l'expropriation des terres.
Pour contribuer à la réalisation de votre projet pédagogique « Présenter un fait d'histoire », rédigez le compte rendu objectif de ce texte (environ 120 mots) à l'intention de vos camarades.
Critères d'évaluation :
Structure suggérée pour votre compte rendu :
A l'occasion du 4 mai, journée de célébration de l'insurrection du Cheikh Mohamed EL-MOKRANI (1871), votre lycée organise une exposition pour rappeler la dépossession forcée des Algériens de leurs terres par le colonialisme français. Pour y participer, rédigez un texte (environ 150 mots) en vue d'informer vos camarades des conséquences de cette expropriation.
Critères d'évaluation :
Idées pour développer votre texte :